Un gris puissant et enveloppant teinté d’un camaieu de tons ocres et bleutés, premier regard flouté... Le ciel, pesant et orageux, est comme chargé de cette force brute et ancestrale que l’on prête aux lieux où homme et nature luttent l’un contre l’autre. Cette masse écrasante dramatise la scène et semble appuyer et mettre en contraste chaque ton coloré. Le premier regard embrasse l’ensemble...
Les bâtisses trapues d’Etel s’entassent et s’accollent à quelques hangars placés le long du quai. On croise des habitants affairés, ils viennent pêcher malgré le vent. L’air caractéristique au goût salé d’iode emplit chaque interstice. Le port figé se poursuit en une plage que fouillent des pêcheurs de coquillage.
Colossal et élancé vers une rive probable, un pont nous projette de l’autre côté de ce qui semble être un bras de mer. Sur ce rivage, une lande, puis une dune d’ocre sec se déroule. Des graminées se courbent sous le vent et les arbres pointent de leurs branches torurées la direction qu’a prise leur bourreau. La mer s’étend alors devant nous, marquée d’une ligne d’écume. Dans notre dos, la ria paraît se refermer avec l’amoncellement des constructions d’Etel.
A l’arrière, des boisements de pin alternent avec des pâtures et des fauches. Les troncs noirs des pins se dessinent nettement au dessus d’un molletonné de graminées sèches. Puis, brusquement, au détour de la route, le couvert laisse place à un vallonnement cultivé et maraîché, les machines agricoles ramassent le fruit de la terre. La teinte vert franc des céleris contraste avec les ambiances mordorées du début de l’automne. On distingue les pignons blancs de quelques maisons groupées, et plusieurs de ces groupes sont dispersés entre les bois et les champs, l’eau et la ria ne sont déjà plus vraiment perceptibles.
Ce n’est qu’abruptement, en profitant d’une pointe de terre que l’étendue d’eau se dévoile à nouveau. De rares indices tels que les pieux à huitres fichés dans l’eau calme nous signifient son caractère maritime et non lacustre. Les rives nous faisant face referment l’horizon faisant croire à un lac. Pourtant la marée rythme ici encore les journées.
En poursuivant vers le sud-est, des boisements de chênes bas et tordus accompagnés d’un sous-bois plus dense s’ouvrent alternativement pour laisser place à de grandes vasières ocres rouge.
L’eau habite le site de son omniprésence impromptue. Le sec et l’humide, la ria et la forêt se mêlent.
D’un point haut, sans pour autant saisir la géographie globale du site, l’on découvre enfin où se rencontrent terre et eau. Les rondeurs de l’horizon caressées de raies et tâches de lumière marquent par la vivacité de leurs verts, déclinés du rouge à l’indigo. L’eau éclate en miroirs argentés.
En un même territoire, se côtoient force brute et couleurs tendres et mordorées, contrastes de lumière et d’ombre et camaïeux de gris bleutés et d’ocres, ambiances sèches et eaux omniprésentes, agriculture et vie humaine et sites naturels d’une rare beauté.
Ce texte est magnifique, comme cette page en général. Amoureux de la rivière d'Etel depuis toujours, je retrouve ici toutes les sensations éprouvées face à cet endroit hors du monde.J'aime beaucoup ce travail !